Faire son coming-out poly

How Ghost allows you to turn anonymous readers into an audience of active subscribers, so you know what's working and what isn't.

Faire son coming-out poly
Allez hop !

Faire son coming-out poly est une épreuve difficile. Ici encore, comme vu dans d’autres articles, des parallèles peuvent être faits avec la sphère LGBT.

Nos parents sont statistiquement tous plus conservateurs et réactionnaires que nous-mêmes. Qui n’a pas grandi en écoutant leurs positions parfois un peu « edgy » déjà à l’époque, mais à fortiori aujourd’hui ? Leurs réactions outrées aux changements de la société tels que le mariage gay ? Toutes ces phrases qui commencent par « moi, de mon temps… », « il n’y a plus de valeurs », « tout fout l’camp », « si on autorise x, pourquoi ne pas carrément autoriser y ? » vous sont peut-être déjà familières.

S’ils sont déjà dans cet état d’esprit avec le changement en général, peut-être ne verront-ils pas d’un bon oeil le fait que vous aimiez ouvertement plus d’une personne, vous dites-vous. On ne sait pas comment le message va être perçu, chacun va projeter ses propres insécurités ou son passé amoureux sur vos choix. Pas facile de se faire comprendre.

On est là pour vous aider ! On vous propose dans ce guide un récapitulatif des raisons communément avancées lorsque vous vous confiez à vos proches sur vos relations poly. En cadeau bonus, des esquisses de réponses qui pourront vous dépanner en temps voulu:

1) « C’est juste une phase »

C’est la première réaction héritée des parents réactionnaires à qui leur enfant a fait son coming-out. L’idée que l’on n’est pas sûrs, que l’on ne sait pas ce que l’on veut. Sortir de manière éthique avec plusieurs personnes à la fois serait donc basé sur l’immaturité. Avec l’espoir non dissimulé que ça changera une fois ladite « maturité » acquise.

Dans la pratique, statistiquement, l’entourage qui avance ce postulat a parfois raison… mais sans le savoir. En effet, on trouve régulièrement des couples qui sortent d’une relation amoureuse longue et lassante. Loin de vouloir s’engager dans une nouvelle relation monogame, ils font l’erreur de croire qu’ils sont donc polyamoureux. Ce faux-semblant est disséqué un peu plus dans un autre article pour celles et ceux que ça intéresse. Cependant, il est important d’écouter le récit de ceux qui font leur coming-out et décident d’assumer qu’il est possible d’avoir des relations sentimentales avec plus d’une personne, de manière éthique. Après tout, même s’il s’avère que ce n’est au final qu’une « phase » de quelques années, en quoi une expérience poly serait-elle moins valide qu’une expérience exclusive de même durée ? On apprend généralement beaucoup plus sur soi-même en multipliant les rencontres qu’en restant avec la même personne. C’est donc toujours bon à prendre !

2) « Moi de mon temps, on appelait ça l’amour libre »

Si vos parents ont connu Mai 68 (on vous souhaite un peu que ce ne soit pas le cas 😉), il est probable qu’au moment de faire votre coming-out, on ait comparé vos relations multiples avec ce que la génération des baby-boomers affectionne encore avec nostalgie: l’amour libre. Oui mais voilà, ce n’est pas vraiment la même chose.

Que vos parents aient connu l’amour libre en même temps que les échauffourées avec la justice, la rebellion contre le système de l’époque, et la vision d’une société meilleure, soit. Mais ce n’est probablement pas ce que vous aviez en tête en tombant amoureuse de Serge et de Nicolas. Et même si l’amalgame est facile à faire, il s’agit de deux choses différentes. Pour mieux le comprendre (car c’est quand même très intéressant), nous vous invitons à découvrir notre article sur l’amour libre dans cet article dédié aux faux-semblants (lien à venir).

Comment répondre à cette réaction de baby-boomer ? Contextualisez avant tout ! Commencez par définir ce qu’est l’amour libre, dans son principe théorique que dans son application, advenue à une époque où c’était toute l’institution du mariage que l’on voulait remettre en cause. En 2019 (année de début de poly.love, NDLR), beaucoup de choses se sont passées au niveau des unions entre humains consentants. Même si tout n’est certes pas encore parfait, les choses ont évolué dans le bon sens, qu’il s’agisse du PACS, du mariage gay ou des congés de paternité. Autant de progrès qui rendent le mariage radicalement différent du mariage « patriarcal » de la fin du XIXème siècle qui a engendré l’amour libre en réaction.

Bref, rien ne vous empêche d’adhérer à tous les tenants et aboutissants de l’amour libre, mais en ce début de siècle, plus le mariage sera dégagé des carcans masculinistes et des rôles genrés, et moins il y aura besoin d’y recourir. Votre choix de vivre une histoire polyamoureuse est donc totalement libre et peut ou ne pas inclure l’idée du mariage. Ce sont juste deux concepts complètement différents. Ok papa ?

3) « C’est parce que tu sais qu’il/elle va te tromper, donc t’anticipes pour pas soufrir »

L’adultère et « l’envie d’aller voir ailleurs » seraient inévitables dans un couple il paraît. D’aucuns pensent donc que, plutôt que de chasser un « naturel » qui reviendra forcément au galop un jour ou l’autre, il vaut mieux prendre les devants et transformer sa relation exclusive en relation ouverte. Est-ce vraiment ce qui est en train de se passer?

Dans la plupart des couples, le désir sexuel avec la même personne s’étiole avec le temps. Pas de la même manière ni à la même vitesse cependant. « your mileage may vary ». À cela, deux choses: D’une part, des couples décident d’ouvrir leur relation bien avant que la lassitude sexuelle ne s’installe. D’autre part, l’ouverture du couple est quelque chose de nécessairement consensuel, et où communication aussi bien que confiance sont nécessaires. Expliquez à vos détracteurs qu’autoriser un être aimé à avoir d’autres aventures est justement un acte d’amour et une preuve de confiance.

Une question récurrente chez les « poly-curieux »est la suivante : l’ouverture de leur couple leur permettra-t-elle de mieux vivre le fait que leur partenaire les trompe? Parfois, la tromperie n’est pas encore avérée, mais il y a déjà beaucoup de signes (qui eux, ne trompent pas 😉). Dans ces cas-là, il y a 100% de chance pour que la tentative d’ouverture mène le couple à sa perte. Si problèmes de confiance et adultère il y a dans une relation exclusive, ouvrir son couple ne va en rien résoudre des problèmes bien plus profonds. Il est alors temps de tirer la sonnette d’alarme et d’avoir une conversation honnête. Une thérapie de couple ne serait alors pas de trop pour vous venir en aide.

Expliquez à votre maman que votre couple n’a besoin d’aucune béquille sexuelle avec d’autres partenaires pour être en bonne santé. 1) Votre couple était déjà sain au départ. 2) Vous avez pris la décision communément. 3) Dans votre relation, vous vous tenez mutuellement au courant de vos agissements et émotions. C’est donc tout sauf de la tromperie !

4) « Et vos enfants, vous y pensez ? quel exemple pour eux ? »

Fait amusant, les couples polyamoureux décident parfois de se reproduire. Ce qui a parfois tendance à alarmer leur entourage. Beaucoup de questions gravitant autour de l’influence des décisions sentimentales ou sexuelles sur leur progéniture ne sont pas sans rappeler les questionnements autour du mariage gay. Faisons le tour de la question.

Rappel du contexte: nous sommes en 2019. On ne s’offusque plus publiquement de voir deux hommes se promener main dans la main (même si ça reste encore à prouver à la campagne). Il n’y a pas si longtemps que ça, on se posait encore la question de savoir si l’homosexualité était innée, acquise, si elle pouvait « se transmettre ». Attention de ne surtout pas laisser vos garçons jouer à la poupée ou d’enseigner des sports trop violents à votre fille car vous pourriez en faire des gays. Ce genre de chose. On ne rit pas, c’était encore il n’y a pas si longtemps que ça figurez-vous. Il a fallu beaucoup d’années pour dépoussiérer les mentalités mais après plusieurs années, les gens ont compris que l’on ne peut pas inculquer l’homosexualité (ou l’hétérosexualité, ce qui est quand même rigolo).

De la même manière, on peut faire ici (plus ou moins) un parallèle avec votre couple polyamoureux : vos relations multiples ne sont pas « transmissibles ». L’âge venu, le choix de votre enfant d’avoir un(e) ou plusieurs partenaires romantiques dépendra avant tout de son désir, son énergie et de sa capacité à gérer les gérer, le cas échéant. À ce jour, il y a en fait très peu de données fraîches concernant le rapport entre parents polyamoureux et le type de relations amoureuses de leurs enfants. Parmi les maigres statistiques glanées ça et là, on constate plutôt que les enfants de couples poly ont tendance à choisir des relations exclusives « classiques ».

Là où il y a un vrai problème cependant, c’est en ce qui concerne « l’acceptabilité » d’une relation polyamoureuse dans les cercles publics de l’enfant. Exemples: l’école, la garderie, la crèche. Comment présenter un partenaire secondaire qui a déjà acquis la confiance de votre enfant à sa maîtresse, aux responsables de son école, etc.? Là, c’est tout simplement la société qui n’est pas encore rompues aux relations amoureuses non-monogames. Il n’y a donc « plus qu’à » espérer que ce soit toute la société qui évolue lentement et devienne plus « poly-friendly » et reconnaisse les partenaires secondaires comme membres à part entière de l’entourage d’un enfant. On ne perd pas espoir !

Et vous? Quelles réactions avez-vous entendu de la part de vos proches au sujet des relations ouvertes ? Quelque chose de semblable ? Mieux ? Pire ?